En silence

J'espère que vous avez passé un bel été et que vous allez tous/toutes très bien.

j'ai été extrêmement touchée par les messages que j'ai reçus me demandant de mes nouvelles,  certaines d'entre vous m'ont dit attendre un nouveau billet. Mille mercis de ces attentions qui me touchent toujours autant.

J'avoue que j'ai eu un peu de mal à revenir ici. D'une part à cause d'une opération du pied qui a un peu perturbé mon été, mais surtout à cause  d'un besoin de laisser couler le temps, sans le remplir, sans courir après les idées, un besoin de silence.

Trois jours à sillonner les Cévennes ont marqué mon été, et j'ai été impressionnée, au sens photographique du terme par la beauté sauvage des paysages, l'isolement des villages, et le fait que même en plein mois d'aout, on peut encore se retrouver seuls, sur une route ou dans les ruelles d'un minuscule hameau perché.

Cela devait correspondre à mon état d'esprit.  J'ai toujours été fascinée par les lieux isolés, les paysages de bout du monde, les histoires d'ermites. Je ne tiendrais pas trois jours seule dans le désert, mais quand même, ça m'intrigue, ces cheminements intérieurs que ça suppose...

Un village en particulier m'a touchée. Il s'appelle Castelbouc, il se trouve quelque part dans les gorges du Tarn.  De la route, j'ai d'abord remarqué la ruine de ce qui devait être un château fort et qui s'élève de la montagne, lorsqu'on ne sait plus où finit la roche et ou commence le château :



Et puis en bas, le village, au bord du Tarn : 

Photo ecranplus net 

Les premières traces que l'on a de ce château remontent au XIIème siècle, et je me demande toujours comment était la vie dans ce genre de château, à cette époque, au fin fond des Cévennes. Comment les gens vivaient, comment ils percevaient le monde au milieu de ce désert, dans la sauvagerie de cette époque. Je pense à leur isolement, surtout celui des femmes. Les hommes avaient "la chance" de partir faire la guerre, de massacrer les infidèles aux croisades et ça les occupait. Mais les femmes? Confinées, cloitrées, perdues dans cette nature et ce silence, comment vivaient-elles et comment ne pas devenir folles?

Enfin, pour ce qui est de Castelbouc précisément, la légende raconte que tous les hommes seraient partis à la croisade sauf le seigneur du château, lequel "honorait" toutes les femmes du village et qu'il en serait mort d'épuisement. On raconte aussi que le soir venu, son fantôme en forme de bouc venait survoler le château, donnant son nom au lieu... 
Je n'arrive pas à savoir s'il faut le considérer comme un planqué ou comme un héros, j'espère seulement que les femmes se sentaient moins seules.
Et d'ailleurs, je me demande également- interrogation mêlée de fascination-  ce que c'est que de vivre AUJOURD'HUI dans un village comme celui-ci.







où quelqu'un entretient amoureusement un des plus beaux potagers que j'ai vus de ma vie...


 Et puis le monument aux morts. J'ignore combien d'habitants vivaient à Castelbouc au moment de la guerre de 14 -  je n'ai pas réussi à en obtenir le nombre aujourd'hui- mais neuf garçons tués, ce devait être énorme au vu de la population et toucher toutes les familles. Neuf jeunes gens partis un matin, rompant sans doute pour la première fois avec la solitude de leur village des Cévennes pour ne plus jamais revenir.




Certains reposent peut-être là, dans ce cimetière minuscule et paisible, lieu de silence entre tous, face à la montagne.





Et pour enchainer sur un propos plus léger - ce blog étant avant tout un blog de déco- je me suis demandé s'il existait une "décoration du silence".  Sans parler des monastères ou des jardins Zen, puisque leur nature même implique le silence, je crois qu'il y a des intérieurs, des lieux, qu'on n'imagine pas saturés de bruits :











"Iced-coffe shop, structure provisoire réalisée par l'architecte japonais Go HASEGAWA dans le cadre de l'exposition House Vision Tokyo 2016.
(Merci à Lyne-Anke du blog "Sous un cerisier" qui m'a fait connaitre son travail).

Et puis il y a des tableaux du silence. Mon préféré, et le plus évocateur étant
celui-ci : on y entend le silence.



"La pie" Claude Monet, 1868

Enfin, dans une société saturée de bruits, d'hyper communication et de paroles inutiles où même les mots sur les murs font du bruit (après les affiches "Mozart, l'opéra  rock", on nous annonce, ô joie!  "Le Rouge et le Noir, l'opéra rock"...), on peut saluer l'initiative de Télérama qui au mois d'août, a publié un numéro sur le thème du silence.

J'y ai -entre autres- lu un passionnant article sur un "bioacousticien", Gordon Hempton, qui traque les ultimes zones de tranquillité absolue de la planète. Critère retenu : les sites terrestres vierges de tout bruit humain pendant quinze minutes d'affilée. On se dit qu'il doit tout de même en rester beaucoup, erreur! A ce jour, il n'en a répertorié qu'une cinquantaine (même les endroits apparemment perdus ne sont pas épargnés par le passage des avions).  A travers sa fondation, "One square inch of silence" il tente de protéger et de sanctuariser les derniers paradis perdus du silence sur la terre.

Pour terminer, je vous signale également ce livre de Marc de Smedt "Éloge du silence" que j'ai lu cet été et  qui explore les infinies nuances du ou des silences.



 Je vous souhaite une très bonne semaine, de beaux moments de silence harmonieux et je vous embrasse. A très bientôt.

Posté le dimanche 11 septembre sur "Les pensées vagabondes"





15 commentaires:

  1. Heureuse de vous retrouver Marie-Paule en espérant que votre pied soit totalement guéri...
    Et Merci pour ce riche post de rentrée, toutes les photos s’enchainent magnifiquement, du silence d'un village perdu, à celui d'un cimetière, du tableau de Monet(l'hiver est la saison la plus silencieuse), au retour à la déco épurée, presque monacale (silencieuse).
    Aimant découvrir les petits villages, nous ne manqueront pas de faire un crochet(je doute qu'il soit sur un axe connu !) par Castelbouc, vos photos nous y incitent....avec une pensée pour vous. Encore un grand Merci pour cette découverte !

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  2. bonjour marie-paule,
    vous voilà enfin de retour, je suis très heureuse de vous retrouver avec ce billet... sur le silence...personnellement je le recherche de plus en plus et j'adore me retrouver dans ces petits villages ou règne la quiétude.
    j'éspère que vous avez passé vous aussi un bel été, malgrès votre opération!!!
    à très bientot, isabelle

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  3. Chère Marie-Paule ,
    Ah , le voilà ce billet si impatiemment attendu ! Merci beaucoup !
    Il est riche de réflexions variées , originales , instructives ...
    pistes de futures méditations .Les sages moyen-orientaux , il y a plus de mille ans avant Jésus-Christ, faisaient 5 ans d'études pour apprendre à se taire ... C'est dire si ce n'était pas facile .... Bravo d'avoir osé traiter ce sujet à contre-courant
    de la vie actuelle , silencieux certes , mais émouvant , comme la visite dans ce vieux cimetière ardéchois .

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  4. Bon retour. Merci pour ce billet qui nous emmène loin des tumultes du monde.

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  5. J'ai connu un moment de silence absolu au fond d'une forêt canadienne par moins 45° !!! à cette température, plus rien de bouge, pas de bruit d'eau, les arbres sont figés, les animaux hibernes : le silence total, et hyper impressionnant dans cette Nature toute blanche ! Mais soudain on entend un hurlement très lointain, un loup, et là on revient très très vite vers la maison la plus proche !!!!

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  6. Ma chère, chère Marie-Paul, BONJOUR! Vous m'avez manqué, mais je ne voulais pas vous déranger....je me demandais si vous vouliez rester seule et tranquille, et j'avais raison. BRAVO. Il faut retourner à l'état d'écouter à nos âmes, la nature, l'histoire de notre existence. Le bruit de nos societés c'est tout simplement le bruit, mais le bruit du vent, de l'eau qui coule, vraiment, ce sont les chansons. Moi, je préfère participer dans ce choeur.

    Vous savez comment je vous adore, et vos sensibilities. Ces villages que vous avez trouvés, le style de "minimalism" le blanc et la couleur du bois, c'est le silence de la décoration. ET, je vais chercher ce livre!

    MILLE BISES ma belle! Anita

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  7. J'aime de plus en plus là où tu vas.
    Sophie

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  8. Assurément, la déco-silence n'est pour moi!!!!! Tu t'en doutes!
    Un été calme niveau blog pour moi aussi!
    Plein de gros bisous, ma chère Marie-Paule...

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  9. Bonsoir Marie-Paule,
    comme je suis heureuse de vous lire, vous et vos billets m'avaient manqué.
    Vos billets sont toujours autant poétiques et profonds. J'adore votre déco-silence néanmoins, vivre dedans est une autre paire de manches.
    Laisser couler le temps, se retrouver - j'ai ressenti cet été la même chose en me promenant dans la verdure du pays basque. Je m'en vais de ce pas commander le livre.
    A bientôt

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    1. Bonjour Catia,

      Merci de ce gentil message. Il y a en effet un grand décalage entre le fait de rêver devant des photos de décoration monacale et celui de vivre dans tels lieux.

      Ils sont juste des sources d'inspiration, comme les expériences des ermites, qui peuvent nous inciter à la réflexion, mais qui peut réellement vire comme eux?

      Merci beaucoup de ce que vous dites de mes billets.

      A très bientôt,

      mp

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  10. Quel beau village, comme il doit faire bon y vivre. Je m'y verrais bien car j'aime la solitude, pas la vraie solitude mais celle avec mes 4 chiennes. Je n'aime pas forcément le silence absolu mais je le préfère au bruit. J'ai une petite maison dans une vallée où coule un torrent qui rompt le silence avec beaucoup de charme quand il est bas et avec un peu de rage quand il y a beaucoup d'eau.
    Que de belles images vous nous proposez, c'est très beau. Merci.
    Je vous souhaite une bonne soirée. Babette

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  11. C'est devenu quasi impossible de trouver un lieu indemne de bruits "humains". Essayer d'enregistrer le chant d'un oiseau : il y a toujours une voiture qui passe au loin, un chien qui aboie ou... un avion qui passe.
    Tes photos sont magnifiques et donnent vraiment envie de se balader tranquillement dans les rues de ce vieux village. Je me demande aussi souvent, comment vivent les habitants de ces endroits reculés. Sans doute y a t-il aussi beaucoup de maisons définitivement fermées ou alors transformées en résidences secondaires.
    J'espère que tu vas mieux.
    Belle soirée.

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  12. bonsoir Marie Paule
    merci pour cette belle visite et la jolie légende qui l accompagne.
    et maintenant.....chut....
    douce nuit.
    bises

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  13. Ce billet "éloge du silence" est une merveille... On en a tant besoin de silence dans ce brouhaha ambiant et tu prouves là que l'on peut aller vers des lieux ou des lectures qui inspirent cet état. Merci Marie Paule, belle guérison à ton pied... brigitte

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  14. Eloge du silence, cela me va, je l'ai toujours aimé et en ai même besoin. J'ai ce beau livre de Smedt sur ma pile de livres favoris et ai lu avec plaisir cet article sur les endroits où 'vit' encore le silence, choquée qu'ils soit si peu nombreux. Alors ce village me plait beaucoup et la première photo du salon aux deux fenêtres est en bonne place dans ma collection de 'pièces qui me plaisent', ton billet m'a donc enchantée et j'espère pouvoir te rencontrer un jour, amitié, Martine

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