Leur plus belle histoire d'amour

Je n'avais pas d'idées pour la Saint Valentin, et pour être franche, je ne jugeais pas vraiment utile d'en avoir. Je ne voyais pas quoi ajouter à la cohorte de coeurs en roses, en chocolat, en gâteaux, en pâte à sel. Et puis cette fête est triste pour les gens qui sont seuls.

 Mais comme j'aime bien l'histoire et que je me promène souvent sur des sites de biographies, je suis tombée au hasard de recherches sur celle de Fersen, "le" Fersen de Marie-Antoinette, dont l'histoire m'a toujours troublée, parce qu'elle reste attachée à sa passion pour la reine la plus "médiatique" de notre histoire. Et aussi, parce que sur les portraits qu'on voit de lui, je le trouve joli garçon, du moins intéressant, alors que souvent, ce qu'on appelle "beau" à une époque nous laisse assez perplexe aujourd'hui, et assez masculin aussi, ce qui, avec une perruque poudrée est quand même un exploit

Bref, ça m'a donné envie de faire un "petit" post sur les passions, les amours romantiques, souvent interdites, sur l'amour qui triomphe de tout, qui règne sur une vie, qui lie de manière indéfectible deux êtres (pourquoi, comment? cela reste un mystère), jusqu'à ce que, comme le dit la formule consacrée, la mort les sépare.


Marie-Antoinette et Fersen

Axel de Fersen, jeune comte suédois, arrive à la cour de Versailles en 1774, alors qu'il terminait son "Tour d'Europe" destiné à l'époque à parfaire l'éducation des jeunes nobles, et rencontre la reine le 30 janvier (ils avaient l'un et l'autre 19 ans!!). On dit qu'entre eux, ce fut un véritable coup de foudre, bien qu'il ait porté, ce soir là, un masque de velours noir, ce qui, déjà, était très romantique. Mais son regard était, dit-on aussi, ténébreux et magnétique.
Pour raconter brièvement une longue histoire incroyablement riche et romanesque, il part pour l'Amérique en pleine guerre d'indépendance, se conduit brillamment à la bataille de Yorktown en Virginie, rentre à Versailles, part en Italie, revient à Versailles, part en Suède, revient, bref, il n'arrête pas, tout en multipliant les conquêtes féminines, mais sans jamais cesser de correspondre avec la reine par lettres cryptées. 


Il participe à l'organisation de la fuite à Varennes avec la fin que l'on sait, et jusqu'au bout, tentera de la sauver. Il ne se remettra jamais de sa mort et détruira une bonne partie de leurs lettres. Il semble pourtant qu'ils n'aient jamais été amants, ce qui ajoute sans doute à la puissance de leurs sentiments. Le 4 janvier 1792, elle lui écrit : 

"Je vais finir, non pas sans vous dire mon bien cher et tendre ami que je vous aime a la folie et que jamais jamais je ne peux être un moment sans vous adorer ». »


Lettre cryptée de Marie-Antoinette à Fersen 




Cyrano et Roxane

Cette histoire-là, tout le monde la connait, donc pas la peine de la raconter à nouveau. Mais quand même, c'est une des mes préférées. Bouleversant Cyrano, sacrifié, amoureux fou condamné au silence, écrivant pour "l'autre", celui qui est beau, réduit au rôle de confident. Et qui, au moment de mourir lui dira : 

"J'ignorais la douceur féminine. Ma mère 
Ne m'a pas trouvé beau. Je n'ai pas eu de soeur. 
Plus tard, j'ai redouté l'amante à l'oeil moqueur.
je vous dois d'avoir eu, tout au moins, une amie.
Grâce à vous une robe à passé dans ma vie".

Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais moi, à chaque fois que je lis "Grâce à vous une robe à passé dans ma vie", ça me donne envie de pleurer.



Elsa et Aragon

J'ai des sentiments plus que partagés sur Aragon, l'homme. Et cela pose l'éternelle question : doit-on préférer l'oeuvre à l'homme? (Ou l'inverse?)

Quoiqu'il en soit, j'ai découvert son oeuvre à 18 ans grâce à une professeure qui nous lisait d'une voix vibrante "Le Roman inachevé".

Ça a dû être ma première rencontre avec l'amour fou, sur fond de milieux artistiques des années 20, Montparnasse, La Coupole, la guerre d'Espagne, et je trouvais ça follement romantique.
Et même si je trouve que, quelquefois, il se "regarde" un peu (beaucoup) aimer Elsa, certains de ces poèmes me touchent encore beaucoup.

"J'ai tout appris de toi pour ce qui me concerne
Qu'il fait jour à midi, qu'un ciel peut être bleu
que le bonheur n'est pas un quinquet de taverne
 tu m'as pris par la main dans cet enfer moderne 
où l'homme ne sait plus ce que c'est qu'être deux
tu m'as pris par la main comme un amant heureux".


Et puis, il y a deux films qui restent pour moi les chef-d'oeuvres absolus en matière d'histoire d'amour fou, ce sont, 1°) "Le messager" de Joseph Losey et 2°) "La route de Madison". J'ai pleuré aux deux du début à la fin. (Certes, je peux pleurer devant "Le Roi lion"...). Parce que ces deux films sont des monuments à l'amour qui survit aux interdits, aux conventions, au temps qui passe, à la mort, parce que l'érotisme juste suggéré rend le désir omniprésent, parce que Julie Christie - qu'on ne voit plus assez- parce que Meryl Streep et Clint aussi, (doit-on préférer l'homme à l'oeuvre? (bis), je sais qu'il a soutenu Trump, mais s'il a réalisé "La route de Madison", ça ne peut pas être une brute.. Les gens sont si complexes..), qui accepte de se montrer vieillissant et ruisselant sous la pluie en regardant l'amour de sa vie s'éloigner pour toujours.


 
 En parlant de Julie Christie, il y avait bien sûr aussi "Le Docteur Jivago" (et Omar!!!), il y avait Odette et Swann, "Belle du Seigneur" et tant d'autres. Et comme à chaque fois que je fais des listes, à mes "favoris", vous ajoutez les vôtres, je vous laisse finir l'histoire.

Happy Saint-Valentin, happy Valentine day!!!!!
Posté le 10 février 2017 sur 
"Les pensées vagabondes"
 

Mon Petit Atelier n° 2


Ayant gardé un  souvenir ému et si chaleureux de mon premier "Petit atelier", je suis très heureuse à l'idée de renouveler cette expérience en vous proposant deux nouvelles dates. 

Comme pour le premier,  ces ateliers auront pour thème mon sujet de prédilection : Recevoir.  Il ne s'agit pas, à proprement parler de cours de décoration, ou d'art floral ou de cuisine (et surtout pas de "coaching"), mais d'un peu tout ça à la fois. J'aimerais partager avec vous ce que vingt ans de collaboration avec des magazines, mais aussi ce que mon blog et mes nombreux échanges avec vous m'ont appris. J'aimerais transmettre mon goût pour le fait d'embellir la vie avec des choses simples et abordables, pour une décoration facilement réalisable chez vous, pour une cuisine quotidienne améliorée de petits raffinements, de produits que je recherche sans cesse pour la rendre rapidement plus savoureuse.

Mais surtout, même si ces ateliers ne durent qu'une matinée, dans un quotidien où il devient de plus en plus rare de faire quelque chose qui ne soit pas forcément rentable, indispensable ou obligatoire, où il semble si difficile de "prendre son temps", j'aimerais vous proposer un moment de douceur, d'échanges chaleureux et bienveillants, un moment pour vous aider à exprimer votre créativité et votre goût pour les  petits bonheurs du quotidien dont vous parlez toutes si souvent sur vos blogs. J'aimerais que ces moments passés ensemble soient une parenthèse pour vous seules, dédiée uniquement à ce que vous aimez faire et à ce que j'aime partager.

J'espère que vous prendrez autant de plaisir à y participer que j'en prends à les préparer.

Ces ateliers se dérouleront comme le premier , de la façon suivante :

Je vous donne rendez-vous, accompagnée d'un "chauffeur",  à 6h45 porte d'Orléans pour nous rendre à Rungis (désolée pour celles qui n'aiment pas se lever tôt, mais les horaires de Rungis sont implacables!). Nous passerons environ 1h -1h1/2 à Rungis afin d'acheter des fleurs, nous ferons aussi un saut dans une boutique d'accessoires. On y trouve beaucoup de choses pour la maison, vous pourrez bien entendu faire des achats personnels si vous le souhaitez.





Puis retour chez moi : réalisation de bouquets, (chacune réalisera le sien), décoration de la table. Je préparerai l'essentiel en amont, mais je vous ouvrirai mes placards, et il y aura, comme pour la première fois, une part d'improvisation!! Enfin, nous déjeunerons ensemble devant le feu de bois.

Vous pourrez bien sûr faire des photos, j'essaierai de vous donner des conseils (aucun conseils techniques!!), des "trucs" de styliste sur le cadre, la composition.

Et bien entendu, vous repartirez avec vos bouquets et des gâteaux, s'il en reste...

L'hiver et ma passion du blanc m'ont donné envie de choisir pour thème : "Les blancs d'hiver". Blanc pour les fleurs, pour la table et même -dans la mesure du possible- pour le menu.


 Photo JB Pellerin
  Photo JB Pellerin

Les ateliers se dérouleront 
le mardi 28 février et le jeudi 9 mars 2017

Tarif de l'atelier : 200 € 
Inscription sur la boite mail de ce blog, rubrique "Si vous voulez m'écrire", en haut à droite.

Chaque atelier est limité à 5 personnes.


J'espère donc vous recevoir très bientôt, chez moi.

Je vous souhaite une très bonne semaine et je vous embrasse.

 Photo JB Pellerin

Posté le 29 janvier 2017 dans "Mon travail"



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Les ateliers se dérouleront 
le mardi 28 févri9 mars 2

Frenchy(c)!

Depuis quelques temps, j'ai remarqué une augmentation soudaine et assez conséquente de visites en provenance des États-unis. Je tenais donc à remercier mes visiteuses américaines par un post bilingue dans lequel j'essaierais de décrypter l'essence du style français, de ce que mes amies américaines appellent avec beaucoup de bienveillance "le chic français". J'ai interrogé quelques personnes,  lu des articles sur le sujet pour essayer de sortir de clichés. 

For a while, I have noticed a sudden and substansial increase of visits from the United-States. Therefore, I wanted to thank my American readers with a bilingual post, in which I would try to figure out the essence of French style, of what my Américan friends call, with great fondness, "Le Chic français".

Je voudrais d'abord faire tomber un mythe : Non, TOUTES les Parisiennes ne sont pas bien habillées, ou bien coiffées dès 9 heures du matin. NON, le chic français ne s'obtient pas totalement sans effort, il le résultat d'une savante alchimie entre sophistication et décontraction. Comme le dit Julia Reiss écrivaine américaine dans son très intéressant post "Style à la Parisienne : effortless chic or self-defense? "Not every Parisian woman (or man) dresses well, and two, effortless, mon cul,  "(..."my ass") Ce qui a le mérite d'être clair, en plus d'être vrai.

First, I would like to strike down a myth : No, all Parisian women are NOT well dressed and have their hair styled at nine o'clock in the morning. And NO, what foreigners call "Le chic français" is certainly not effortless". As Julia Reiss, an American writer says in a very intersting post "Style  à la Parisienne : effortless chic or self-defense?", "One, no, every  Parisian woman (or man) dresses well, and two, effortless, mon cul (... my ass)". Which, at least, is clear, on top of being true.

En fait, plus j'avançais dans ce que j'appellerais pompeusement "mes recherches", plus il m'apparaissait que le "chic français", est à la fois quelque chose de très féminin et de très peu sexy, si l'on s'en tient aux standards classiques du genre : il me semble que tous les grands classiques du chic français sont issus de l'univers masculin : la chemise blanche, les vestes d'hommes, les grands pulls, les marinières.   A l'exception de "la petite robe noire", qui semble inventée pour permettre aux françaises de revendiquer leur part de sex appeal. Pour les reste, si l'on s'en tient aux commandements de la plus parisienne des parisiennes, j'ai nommé I. de la F., les 7 basiques de la Parisienne seraient :
  1. La veste d'homme
  2. Le pull en V bleu marine
  3. Le trench
  4. Le jean
  5. La "petite robe noire"
  6. Le débardeur
  7. Le blouson en cuir
Actually, the more I  progressed in pompously articulating"my research", the more it appeard to me that the French "chic", a style which  is thought to be quite feminine, is not sexy according to the usual standards, but rather  is derived from the male universe : white shirts, men's jackets, large sweaters, stripe jerseys ("marinière"). However,  "the little black dress" seems to have been invented to allow French women to claim their share of sex appeal.

As for the rest, if  we stick to the commandments of the most Parisian among the Parisian, Inès de La Fressange, the seven basic items of the parisian woman would be : 

1 -  The man's jacket
2 - The V neck navy blue sweater
3 - The Trench coat
4 - The jean
5 - The little black dress
6 - The tank top
7 - The leather jacket




 La Parisienne - Inès de la Fressange

 A l'exception de la robe noire, on ne peut pas dire qu'il s'agit de vêtements féminins.

Mais Voilà :

Except for the black dress,  none of these items are specifically feminine.

But here it is : 
Je crois que ce que les françaises savent faire, c'est féminiser le masculin, ce qu'elles ont compris, c'est l'importance du détail, de l'accessoire, du détournement, du mélange des genres :  exemple chez Inès, encore :la veste d'homme, mais ceinturée pour la féminiser : 

I think that what the French do well is to feminise the masculine, with the details of accessories, reinterpreting an article of clothings and mixing genres. An easy tweak again by Inès would simply be a belt to cinch a man's jacket at the waist :

La Parisienne - Inès de La Fressange

Ou bien les jeans avec une veste de smoking le soir ou  avec un haut précieux ou avec des chaussures sophistiquées.

Or jeans worn with a tuxedo jacket in the evening or with precious tops or sophisticated 
shoes : 


























 Ou bien avec des accessoires spécifiquement 
féminins : 

Or with typically feminine accessories


Ou avec une jolie ceinture toute simple : 

Or just with a lovely simple belt

Ceinture Sezanne
Ceinture Charlie-Sezanne, 50 €

Selon une de mes amies américaines le Saint-Graal du chic français serait la chemise blanche. Les Françaises sont très fortes "en chemise blanche". Elles savent en tirer le maximum, en simplicité, vraie ou fausse, en mélange des genres masculin/féminin, minimalisme/sophistication.

 According to one of my American friends  the Holy Grail of French chic is  the white shirt. French women  know how to make the best of it, in terms of simplicity (genuine or not), by mixing styles, crossing genders, and maximazing minimalism and sophistication.


Juste avec un bijou à peine deviné.

Just with a piece of subtle jewellery.


Avec rien... mais des bracelets qui font tout.

With nothing.... but bracelets which makes it all.

Revue et corrigée

Revised and edited.

Toujours selon Julia Reiss, ce style serait dû au harcèlement dont les femmes sont victimes dans la rue, dans le métro, au travail. Et du peu de recours juridique qu'elles ont à leur disposition. Ce qui impliquerait une façon particulière de s'habiller, et expliquerait le fait que les Françaises évitent des tenues trop explicitement 
sexy:

Once more according to Julia Reiss, this style would be due to the harassment of which French women are victims, in the street, at work, in the underground and of the very little legal recourse that they can count on, which would imply a certain way of dressing and explain de fact that French women tend to avoid too unconcealed sexy outfit.

"L'aspect le plus étonnant de la mode parisienne d'aujourd'hui est la façon dont elle rejette souvent la sexualité féminine. Je n'ai pas visité Paris en touriste, mais j'y ai grandi, et on m'a toujours conseillé d'éviter les provocations, ce qui veut dire s'habiller d'une certaine manière. Conseil particulièrement important dans le métro. Selon un sondage, 100% des 600 femmes interrogées ont subi des épisodes de harcèlement dans le métro". 

"The most perplexing aspect of contemporary Parisian fashion, is how its often rejects female sexuality. (...) Having grown up there, I was always tought to (...) eliminate the chance of provocation, which means of course dressing a certain way.  The advice is particularly import when riding the Metro. (...). According to one survey, 100% of the 600 women polled cited incidents of sexual harassment on public transports".

Je n'avais jamais envisagé les choses sous cet angle, (le style français construit comme une processus d'auto-défense), mais j'ai trouvé ce point de vue inattendu et intéressant. Peut-être en avez vous un autre? 
Je vous laisse juge.

I never looked at things from this perspective, (French style built as a self-defense weapon), but I found this point of view unexpected and interesting. Maybe you have another view but I'll let you be judge of that.

Et puis, en y réfléchissant à nouveau, je pense que  ce doit être un peu agaçant pour le reste du monde qu'on brandisse toujours les Françaises comme l'incarnation du chic. Parce que, et je le dis sans flagornerie, les américaines ont dans leur patrimoine quelques époustouflantes et incroyablement inspirantes icônes du style glamour/chic qui manque quelquefois aux actrices françaises, et nous font fantasmer depuis des générations :

Also, thinking again about all this, I realize how irritating it must be for the rest of the world to see the French always brandished as the incarnation of Chic and elegance. Because, this being said without any false flattery, I think that American have in their heritage, some breathtaking and incredibly inspiring icons we have been admiring for generations (and today) for their glamour/chic style  which sometimes defaults to French actresses.

Katherine Hepburn

Lauren Bacall


Ava Gardner
Avec Burt Lancaster



Grace kelly




Michelle Pfeiffer

Julia Roberts

Cate Blanchett

Alors merci encore aux visiteuses américaines, de venir de si loin...

So thank you again to all american visitors for coming from so far...


Je vous embrasse toutes.

Hugs to you all!

Un immense merci à Anita, du blog "Castle, crowns and cottages", et IG "Les dames d'abord", qui a mis sa connaissance si raffinée de la langue française à ma disposition pour revoir et corriger mon texte. Je ne pouvais rêver meilleure traductrice.

Merci mon amie!!!!!


A tremendous thanks to Anita, of the blog "Castles, crowns and cottages", and IG "Les dames d'abord", who put at my disposal her so refined knowledge of French language to revised and correct my text. I could not dream of a better translater.

Thank you my friend!!

Et pour celles
qui ont "l'Obama blues", un lien transmis par une fidèle lectrice (merci Isabelle!), du site "My little Paris" : 

"Les six livres de chevets d'une américaine qui a l'Obama blues."

Très intéressant.

 http://www.mylittlebookclub.fr/obama.html

The end





Photos Pinterest

Posté le 22 janvier 2017 dans 
"Les pensées vagabondes" 



Les habits neufs de l'Empereur

En réfléchissant à la façon dont je pourrais vous souhaiter une bonne année, je me suis demandé ce que cette année m'avait apporté. De nouveau. Car c'est une des choses auxquelles je suis sans doute le plus sensible aujourd'hui : comment ne pas stagner dans ma vie, dans ma manière de penser, d'agir autour de moi, comment me débarrasser de mes vieux habits (au propre comme au figuré). J'adore ce titre du conte d'Andersen "Les habits neufs de l'Empereur". Il m'évoque le renouveau, tout  ce qu'on laisse derrière soi de veilles habitudes, de vielles ruminations, de vieilles sédimentations de soucis qui assombrissent nos vies. Alors voici un petit "digest" des personnes ou des choses qui m'ont fait du bien cette année, qui m'ont fait -j'espère- un peu évoluer vers plus de légèreté, de vie, de liberté.

Le Grand Cyrulnik



Je sais bien que vous ne m'avez pas attendue pour l'apprécier, mais il faut revoir l'émission "La grande librairie" où il est récemment venu présenter son dernier livre "La folle histoire des idées folles en psychiatrie". Et l'entendre dire avec le plus grand sérieux : "Hitler avait décrété qu'il y avait une race supérieure, celle des blonds aux yeux bleus. Je n'adhère pas du tout à cette théorie, car je pense que la race supérieure, ce sont les chauves." Avant d'ajouter avec un sourire malicieux : "Voilà, c'est ça la folie".

Son humanité, son humour, sa modestie, la façon dont il s'écarte de tous les sentiers battus, de toute forme de vanité,  ("Mes diplômes sont débiles", qui a le courage de dire ça??), dont il nous aide à être "tout simplement" plus heureux et un peu plus intelligents font de lui un vrai bienfaiteur de l'humanité, rien moins. Chacune de ses paroles nous fait avancer. Et puis avoir été le premier à parler de résilience, à dire que non, nous ne sommes pas condamnés à porter nos fardeaux toute notre vie, ce n'est tout de même pas rien.
Merci Monsieur Cyrulnik.


Jack London






Dans mon panthéon romanesque, j'ai deux héros depuis des décennies : Lawrence d'Arabie et Jack London. L'oeuvre de Jack London vient de paraitre dans la Pléiade, suprême consécration. Depuis que j'ai lu "Martin Eden" à l'age de 20 ans, je suis fascinée par l'histoire romanesque et tragique de cet homme qui évoque pour moi les vertiges de la liberté, du monde sauvage et des paradis perdus, mais aussi la compassion envers "Le Peuple d'en bas", titre d'un de ses premiers livres, les déchirements intérieurs, la quête de la connaissance. Réduit à tort à un écrivain pour la jeunesse, London fut un homme ambigu, viscéralement socialiste mais capable de déclarations racistes, qui disait de  lui "je n'ai pas cessé d'écrire des livres qui ont raté leur cible".

Je viens d'acheter un livre de lui dont je n'avais jamais entendu parler, "La petite dame dans la grande maison", publié en 1916, qui fit hurler au scandale l'Amérique bien -pensante, par son évocation d'un amour libéré des convenances (un ménage à trois), mais aussi (c'est ce que dit la quatrième de couve), "parce qu'entre les lignes, il s'agit d'un véritable manifeste du libre choix amoureux que la société si longtemps refusa à la femme. Un London étrangement féministe".




Sonia Rykiel


Je n'éprouve aucune fascination pour la mode, pour être même un peu directe, c'est un domaine dont je me contrefiche, avec -désolée pour les amoureux de la mer- le Vendée Globe, les voitures et le CAC 40, entre autres. 

Quand j'étais jeune, être élégante, c'était s'habiller comme sa mère. Au-delà, planait le redoutable risque de faire "mauvais genre", terreur de tous les parents "convenables".
Mais dans les années 70, les choses ont changé, et Sonia Rykiel (avec d'autres), y ont largement contribué. Je devinais chez elle un rapport nouveau à la féminité.  Elle a apporté sa pierre au vent de libération qui a soufflé sur la mode, sur les plages, sur les femmes en général. Les ourlets visibles, les pulls qui avaient l'air d'être portés à l'envers, ça n'a l'air de rien, mais dans l'univers guindé des femmes de cette époque, c'était une petite révolution, une forme d'insolence libératrice.
Je m'étais acheté une robe chez elle, et mon amoureux d'alors m'avait dit : "j'adore cette robe, elle est sexy sans en avoir l'air". C'était ça : "Sonia" nous a appris à être sexy sans en avoir l'air, au début du moins, puis plus ouvertement, et à l'assumer. Elle m'a appris que le vêtement pouvait avoir un rôle plus important que je ne l'avais imaginé, elle nous a appris la féminité sans mièvrerie, conquérante et douce à la fois. Et sa disparition a fait remonter tous ces souvenirs, avec un peu de nostalgie, avec la reconnaissance que l'on éprouve pour ces personnes que l'on ne connait pas, mais qui ont marqué, d'une manière ou d'un autre, un moment de votre vie.


Chögyam Trungpa



Son nom ne vous dit peut-être rien, mais son rôle a été considérable dans l'enseignement du Bouddhisme en Occident. Il fut l'un des premiers Maitres spirituels (dans les années 70)  à comprendre l'avenir qu'avait  le Bouddhisme à l'étranger, et à le présenter au public occidental.

Moine iconoclaste aux méthodes parfois controversées, ami des poètes de la Beat Generation, il fut un pont entre les deux cultures et s'opposa à une forme d'enseignement archaïque du Bouddhisme, ce qui lui valut beaucoup d'ennemis.
Je l'ai peu lu -je l'ai découvert récemment-, mais pratiquant la méditation de Pleine conscience depuis un bon moment, ses enseignements, bien qu'assez obscurs parfois, m'ont aidée à mieux en comprendre la complexité. Ils ouvrent un nouvelle voie à ceux qui s'intéressent à la spiritualité, à la fois respectueuse des enseignements traditionnels et en même temps accessibles aux occidentaux.

Je voudrais terminer par un livre de cuisine qui m'a été offert, le plus incroyable, le plus drôle, le plus complet et étonnant qu'il m'ait été donné de lire :
"On va déguster" de François -Régis Gaudry "et ses amis".


Et dédicacé s'il vous plait!!!




Émanation de l'émission éponyme de France-inter, ce livre est à la fois une encyclopédie, un inventaire à la Prévert de tout ce qui touche de près ou de loin à la gastronomie. Il est si riche, si drôle, si inattendu, que j'ai du mal à choisir les chapitres qui pourraient le présenter. On y trouve, pêle-mêle :
Des recettes tirées de la littérature,  (entre autres, la tarte amandine de Cyrano), du cinéma, (le fricandeau à l'oseille de Claude Chabrol), de véritables leçons sur les spaghettis, la paëlla ou la bouillabaisse, des "matches" (de clafoutis, de tartes au citron etc..), tout sur le jambon, des recettes de pâtisserie yankee ou de grands classiques vietnamiens, un étonnant chapitre intitulé "Quand manger tue", recensant des cas de morts par la nourriture, comment ciseler un oignon en 5 étapes etc...
Ce livre se lit comme un roman, répond à une multitude de questions que nous nous posons tous, je crois : quelles pommes de terre pour quel usage, comment ne pas rater un couscous, ou quels mélanges de saveurs combiner? Mais aussi à d'autres, plus étonnantes : un oeuf de mouette, ça a quel goût,  que collectionne un cassanuxiphile*, comment Escoffier a-t-il inventé la pêche Melba? Il contient des centaines de recettes, de faux-pas à éviter, d'anecdotes et de portraits. Il est quasiment devenu mon livre de chevet. C'est un vrai trésor qui va très au-delà du livre de cuisine.

"On va déguster"
François-Régis Gaudry et ses amis
Marabout - 35 €


Il me reste à vous souhaiter une merveilleuse année, pleine de surprises heureuses, de bonheurs inattendus, de moments parfaits. Une année de liberté, de légèreté, de découvertes de nouveaux territoires.

Happy new year to all my American friends and followers!!!!!

Je vous embrasse.

Posté le 1er janvier 2017 dans "J'ai vu, j'ai lu"

PS : * le cassanuxiphile collectionne les casse-noix...